top of page

Musée Kura Hulanda : reprendre une mémoire volée depuis les marges






Au cœur de Willemstad, capitale de Curaçao, parmi ses façades colorées à l’allure caribéenne et européenne, se trouve le musée Kura Hulanda.

Ce lieu n’accueille pas le visiteur par l’esthétique seule, mais par l’interrogation. Il ne s’agit pas d’un espace de contemplation, mais d’une confrontation calme avec une longue histoire de mémoire volée.


Le musée ne raconte pas seulement l’histoire d’une île. Il plonge le visiteur dans un système mondial de violence historique :

l’Afrique, l’Europe, les Caraïbes et les Amériques y apparaissent non comme des territoires, mais comme des trajectoires croisées de pillage, de redéfinition et de confiscation du récit.





La falsification moderne de l’histoire : quand l’origine est réécrite



L’une des premières salles présente un panneau intitulé Modern Falsifications of History.

Ce n’est pas un simple support pédagogique, mais un acte d’accusation intellectuel contre des siècles de distorsion académique.


À travers citations et références, l’exposition affirme que le berceau de la civilisation humaine se situe en Afrique, et que la dissociation de l’Égypte ancienne de son environnement africain relevait moins de la science que d’une idéologie raciale destinée à justifier la domination coloniale.


Ici, l’histoire n’est pas présentée telle qu’elle fut vécue, mais telle qu’elle fut confisquée, remodelée et imposée.





Les royaumes africains : une histoire volée, non effacée



Une longue chronologie intitulée African Kingdoms retrace les empires du Ghana, du Mali et du Songhaï, ainsi que les réseaux commerciaux transsahariens et des systèmes avancés de gouvernance et de savoir.


Le message est clair :

l’Afrique n’a jamais été un vide historique, mais un centre actif du monde ancien, avant que ses routes ne soient brisées, ses ressources pillées et ses peuples déplacés.


Que ces récits soient exposés dans les Caraïbes n’est pas anodin. Nombre de descendants de ces royaumes y ont été conduits, séparés de leur terre et de leur mémoire.





La traversée du milieu : quand la mer devint un instrument de déshumanisation



La section la plus éprouvante est consacrée à la Middle Passage, la traversée transatlantique.

Un mur chronologique silencieux retrace l’esclavage depuis le XVe siècle jusqu’à son abolition tardive.


Le temps n’y est pas compté en années, mais en absences.

Chaque date renvoie à des milliers de vies perdues et à des histoires jamais racontées.


Il ne s’agit pas seulement d’une mémoire blessée, mais d’une mémoire volée :

les corps furent arrachés, les récits effacés, puis l’histoire réécrite sans les victimes.





Islam et commerce : une histoire complexe



Avec justesse, le musée évoque la diffusion de l’islam et les échanges transsahariens, mettant en lumière des figures comme Mansa Moussa, rappelant que l’Afrique fut aussi une force créatrice du monde.


Les cartes des routes commerciales déconstruisent le mythe d’une Afrique isolée et la replacent dans un réseau mondial ancien.





De l’Afrique à Bagdad : une mémoire partagée



En parcourant le musée, l’Afrique n’était pas seule dans mon esprit. Bagdad l’accompagnait.

Les mécanismes du dépouillement sont semblables :


par les chaînes,

par les cartes,

par les programmes scolaires,

par le silence.


Comme la mémoire africaine, celle de nombreuses villes arabes fut réécrite de l’extérieur.





Conclusion



Le musée Kura Hulanda n’est pas un lieu de deuil, mais de restitution.

Il rappelle que la mémoire ne disparaît pas lorsqu’elle est volée — elle attend d’être reprise.


L’histoire ne se récupère pas par la plainte,

mais par le droit de la raconter.

Posts récents

Voir tout
La lecture… élévation de l’esprit et de l’âme

💭 Pensée du Vendredi Dr. Alaa Al-Tamimi La lecture n’est pas un luxe, ni un simple passe-temps pour ceux qui ont du temps à perdre. C’est un ordre venu du ciel — le premier mot de la Révélation fut :

 
 
 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page